La Ducasse d’Ath, de la procession au cortège

Au début, la ducasse d’Ath est une pro­ces­sion reli­gieuse qui relate des scènes bibliques. Depuis plus de cinq siècles, elle s’est enri­chie au fil du temps pour deve­nir une fête popu­laire très appré­ciée du publique. Cet évé­ne­ment est l’occasion de voir Goliath (Gouyasse), les autres géants, les chars allé­go­riques et les groupes his­to­riques défi­ler dans les rues. Voi­ci la chro­no­lo­gie des moment les plus impor­tants…

Les origines de la ducasse

D’origine médié­vale (XVe siècle) et reli­gieuse, la pro­ces­sion célèbre, chaque année, la construc­tion de l’église Saint-Julien. Le défi­lé par­court les rues de la ville le 4e dimanche du mois d’août, le dimanche qui pré­cède la fête de saint Julien de Brioude (le 28 août).

Ce sont des groupes reli­gieux qui défilent. Des scènes de la bible (Goliath ou Marie-Made­leine) ou de la Légende dorée (saint Chris­tophe) y sont pré­sen­tées sur des esclides (traî­neaux) ou dans la rue. Un groupe pro­vient du cycle de Char­le­magne (le che­val Bayard) et un autre des héros de la che­va­le­rie (les neuf Preux). Le cor­tège est consti­tué de scènes prises en charge par la com­mune, la paroisse et les confré­ries.

Le pre­mier géant, le che­val Bayard, fait son appa­ri­tion en 1462–1463. Goliath est attes­té en 1481 et le com­bat avec David appa­raît dans les comptes urbains en 1487.

Du XVIe au XVIIIe siècle

Peu à peu le but reli­gieux s’estompe au pro­fit de la recherche d’effets spec­ta­cu­laires. Des figures nou­velles, venues de tra­di­tions fes­tives euro­péennes « les che­vaux-jupon, les hommes de feuilles » ou le diable Magnon appa­raissent à côté de Goliath. Le Conseil de Ville lui donne une femme en 1715. Le couple tend, dès lors, à deve­nir la repré­sen­ta­tion emblé­ma­tique de la ville. Dès cette époque, le géant et son épouse sortent le same­di et accom­pagnent les auto­ri­tés com­mu­nales à l’occasion des vêpres.

Création de Mme Goliath, géant d'Ath, en 1715
Créa­tion de Mme Goliath, géant d’Ath, en 1715

À la fin du XVIIe siècle, la confré­rie des tailleurs aura son géant : l’Aigle à deux têtes (ou aigle bicé­phale). À l’é­poque il est mono­cé­phale. Clé­ment Gilis­quet lui ajoute une deuxième tête en 1854 à l’oc­ca­sion d’une visite du prince de Bra­bant, futur Léo­pold II.

Les canon­niers vont aus­si vou­loir avoir leur géant. Et comme San­son est connu pour avoir arra­ché une colonne, la colonne fait pen­ser au canon donc les can­non­niers vont prendre comme géant Sam­son.

Lors de la Révo­lu­tion fran­çaise, le 28 août 1794, les Jaco­bins mettent le feu à ces sym­boles de l’ancien régime. Les fes­ti­vi­tés sont sup­pri­mées durant quelques années. Il faut attendre 1804 pour que la pro­ces­sion reprenne vie et 1806–1807 pour que les géants renaissent sous les doigts du sculp­teur Emma­nuel Florent : L’Aigle, Sam­son, Goliath, sa femme et Tirant, …

La création du cortège actuel

Dès 1819 la pro­ces­sion, va perdre son carac­tère reli­gieux et deve­nir un cor­tège laïc. Les Hol­lan­daisn, cal­vi­nistes, vont rédi­ger une cir­cu­laire qui inter­dit la pré­sence de diables, de monstres, de géant, de dra­gons dans les pro­ces­sions reli­gieuses. Comme les Athois étaient très atta­chés à ces tra­di­tions, ils ont conti­nué à sor­tir. À par­tir de ce moment, la pro­ces­sion s’est donc muée en cor­tège.

Le char de l'Apothéose en 1919
Le char de l’A­po­théose en 1919

L’influence des idées du XIX siècle (exo­tisme, natio­na­lisme belge, affir­ma­tion de l’histoire locale,…) vont faire évo­luer ce cor­tège. On crée en 1850 un char qui ill­sutre la mytho­lo­gie, le « char des Jeunes Filles ». Consa­cré à Vénus en 1851, il devien­dra par après le char de Flore (1860) puis de l’Hor­ti­cul­ture (1876).

Vient alors Ambio­rix, le géant des archers. Il est attes­té depuis le XVIIIe siècle sous le nom de Tirant. En 1850, il se méta­mor­phose en Ambio­rix pour évo­quer l’histoire locale et natio­nale tout en gar­dant son arc et ses flèches.

Tou­jours en 1850, on évoque l’i­dée de «la barque des Pêcheurs napo­li­tains ». C’est une barque avec un sau­vage venu d’une île ima­gi­naire du Pas­si­fic, l’île de Gava­tao. Il s’a­gite à l’a­vant du bateau, et est tenu enchaî­né par deux marins qui le frappent avec un gour­din. Il est inté­gré défi­ni­ti­ve­ment en 1865.

De 1945 à nos jours

Après la deuxième guerre mon­diale, des élé­ments anciens réap­pa­raissent : le che­val Bayard (1948), saint Chris­tophe (1976) et les che­vaux Diricq (1981).

Le groupe des 19 communes
Le groupe des 19 com­munes

Au cours des années 60–70, la fête souffre d’une cer­taine désaf­fec­tion : on a du mal à trou­ver des figu­rants et on fait appel à des mili­taires. Des trac­teurs ont même rem­pla­cé les che­vaux de trait dans le défi­lé. Suite à ça, le Cercle d’his­toire et d’ar­chéo­lo­gie d’Ath décide de reva­lo­ri­ser le cor­tège. Ain­si, en 1971 l’as­bl « Réno­va­tion du Cor­tège » d’Ath voit le jour afin de redon­ner un nou­vel élan à la tra­di­tion. Celui-ci veille­ra désor­mais à la bonne orga­ni­sa­tion des fes­ti­vi­tés en se char­geant exclu­si­ve­ment de la figu­ra­tion et de ses acces­soires. En 1981, les fes­ti­vi­tés du 500e anni­ver­saire du géant Goliath connaissent un suc­cès consi­dé­rable et viennent cou­ron­ner ce renou­veau.

À la fin du XXe siècle, quelques élé­ments nou­veaux liés à l’actualité poli­tique ou sociale appa­raissent. En 1975, René San­sen crée donc le groupe du Canon du Mont Sarah pour évo­quer la par­ti­ci­pa­tion des Athois à la Révo­lu­tion belge de 1830. Le pre­mier « brû­lage des maronnes » de Goliath a lieu le ven­dre­di de la ducasse 1987. En 1997, pour célé­brer le 20e anni­ver­saire de la fusion des com­munes, appa­raît pour la pre­mière fois le groupe des 19 com­munes. Il sera repo­si­tion­né der­rière les pom­piers en 2000.

La ducasse d’Ath est ins­crite depuis 2008 sur la liste repré­sen­ta­tive du patri­moine cultu­rel imma­té­riel de l’humanité par l’U­nes­co, après sa pro­cla­ma­tion en 2005, comme élé­ment des Géants et dra­gons pro­ces­sion­nels de Bel­gique et de France. Ce « label » inter­na­tio­nal consti­tue en quelque sorte la consé­cra­tion de cinq siècles d’histoire et de fer­veur popu­laire.