Le saviez-vous ?

Bayard, un géant sans âge

L’histoire des Fils Aymon trouve son ins­pi­ra­tion dans une chan­son de geste du cycle de Char­le­magne. Au XVe siècle, cette his­toire était répan­due dans plu­sieurs ver­sions et son carac­tère pit­to­resque a inté­res­sé les notables urbains laïques ou reli­gieux orga­ni­sa­teurs des pro­ces­sions.

Issu de la légende médié­vale des Quatre Fils Aymon, le Che­val Bayard est bien illus­tré dans les pro­ces­sions et les cor­tèges des anciens Pays-Bas du Moyen Age à nos jours.

À Ath, en 1462, le but est bien pré­ci­sé « pour res­pec­ter la pro­ces­sion et la bonne ville » (atti­rer les spec­ta­teurs à la pro­ces­sion et valo­ri­ser la ville). Les plus anciennes attes­ta­tions du sujet sont bra­ban­çonnes dans des villes comme Malines (1416), Lierre (1417) et Aude­narde (1433) notam­ment.

La plu­part de ces bêtes fan­tas­tiques appar­tiennent à la ville qui les héberge dans une grange, une porte de rem­part ou l’un ou l’autre bâti­ment com­mu­nal. A Ath, il appar­tient à l’église et il est conser­vé dans le clo­cher de Saint-Julien. Ces anciennes figu­ra­tions du des­trier magique seront par­fois d’assez courte durée. Celui d’Ath dis­pa­raît au début du XVIe siècle.

Le Che­val Bayard le plus connu en Flandres est celui de Ter­monde . Il est l’animal emblé­ma­tique de la cité des bouches de la Dendre. Ses sor­ties ont lieu à l’occasion de l’Ommegang. Sa pro­chaine exhi­bi­tion aura lieu en mai 2020.

Bayard à Ath

La pre­mière sor­tie du monstre d’osier a lieu en 1462. Dix hommes sont requis pour le por­ter. Dès l’année sui­vante (compte de 1462–63), ils seront douze «condui­seurs des secrès» gui­dés par un « por­teur dou secret ». Le nombre de por­teurs varie selon les années. Ils sont 32 aujourd’hui (2 équipes de 16) à le faire dan­ser!

Le che­val a été répa­ré ou res­tau­ré à plu­sieurs reprises. Ain­si, en 1496, le peintre Ansiau BONNEFOY est payé 6 livres « pour avoir remis à point le grand Beart ».

Ce pre­mier Che­val Bayard a vécu jusqu’au XVIe siècle. Il a dis­pa­ru après 1500. On n’en trouve plus aucune trace dans les comptes com­mu­naux ou les témoi­gnages de l’époque. Il a donc vécu au plus une cin­quan­taine d’années et a peut-être été la vic­time des dif­fi­cul­tés finan­cières ou poli­tiques (guerres de reli­gion) du XVIe siècle.

En 1948, il a été réin­tro­duit dans le cor­tège sous l’impulsion de René Sam­sen de la Royale Alliance Athoise. L’ambition de l’homme, his­to­rien local, était de recons­ti­tuer un cor­tège fidèle aux ori­gines de la pro­ces­sion.

Extrait : Bul­le­tin du CHAA n°184, juillet 1998

La préservation des têtes

À Ath, les têtes des géants sont consi­dé­rées comme étant l’« âme » de ces der­niers. Tout est mis en oeuvre pour pou­voir main­te­nir le plus long­temps pos­sible dans leur usage pre­mier, le qua­trième week-end du mois d’août. Cepen­dant, une atten­tion par­ti­cu­lière est accor­dée année après année à leur état maté­riel. Les assem­blages sont régu­liè­re­ment ins­pec­tés, et, si néces­saire, ren­for­cés. Les por­teurs sont éga­le­ment sen­si­bi­li­sés afin de limi­ter au maxi­mum les secousses et les chocs.

L’affaire Tyran-Tirant

En 1991, des pro­fes­seurs de l’Institut tech­nique de l’Etat, conseillés par l’historien René San­sen (Ath), veulent recons­ti­tuer le géant des archers tel qu’il se pré­sen­tait avant sa trans­for­ma­tion en Ambio­rix en 1850. Deux cou­rants d’idées s’affrontent. Dans une grande majo­ri­té, les por­teurs de géants s’y opposent…mais pour les par­ti­sans de la recons­ti­tu­tion et les Athois, Ambio­rix est aus­si Tyran. Le col­lège éche­vi­nal de l’époque sui­vra l’avis du Conseil supé­rieur des Arts, des Tra­di­tions popu­laires et du Folk­lore de la Com­mu­nau­té fran­çaise, don­née en avril 1991. La figure recons­ti­tuée ne peut pré­tendre à l’authenticité du géant pré­sent depuis plu­sieurs siècles. Un com­pro­mis fut trou­vé. Le nou­veau Tyran accom­pagne les archers lors du tir du Bourg­mestre sur l’Esplanade, le ven­dre­di après­mi­di et reva­lo­rise l’enjeu com­pé­ti­tif.

Au faubourg de tournai

Cette chan­son a été créée le 2 mars 1958 par Oscar Patout (1921- 1992), acteur, musi­cien et ani­ma­teur du fau­bourg de Tour­nai, sur des paroles d’Edgard Tour­neur (1883–1970) et une musique d’Anselme Dachy, chef de la fan­fare du fau­bourg. Cet air est deve­nu emblé­ma­tique du quar­tier mais aus­si de la ducasse d’Ath. Il fait par­tie de ce que les musi­ciens de la fan­fare appellent la Tri­lo­gie des Ponts qui est jouée, pour faire dan­ser Goliath et sa femme, aux ponts du Gadre et du Mou­lin avec l’air de Goliath et la ducasse d’Ath de Jules Ducarme. Il est sur­tout chan­té par le public pen­dant toute la durée de la fête.

Le lundi, le « jour d’après »

Dans de nom­breuses fêtes folk­lo­riques, il existe un « lun­di », un jour d’après. Ath, au len­de­main du cor­tège, les géants cir­culent dans les rues de la ville pour rendre visite aux habi­tants. Des pièces sont glis­sées dans le tire­lires, appe­lée les « blôts ». Fati­gués, les por­teurs ont l’occasion d’élargir leur groupe grâce aux por­teurs du lun­di qui auront peut-être un jour la chance de dan­ser le long du cor­tège. En début d’après-midi, les géants se ras­semblent face aux mai­sons de retraite situées près de l’hôpital afin de faire quelques pas de danse pour les rési­dents n’ayant pas pu par­ti­ci­per aux fes­ti­vi­tés. En 2017, le Che­val Bayard effec­tue­ra cette sor­tie. Il s’agit d’une pre­mière pour le fameux des­trier, preuve qu’une tra­di­tion qui vit évo­lue avec son temps.

(Extraits de : La ducasse d’Ath. Pas­sé & pré­sent)