Les temps forts

Aujourd’hui, les pré­pa­ra­tifs débutent une dizaine de jours avant les fes­ti­vi­tés. Dans un entre­pôt com­mu­nal, une équipe res­treinte pré­pare les géants qui, durant l’année, sont remi­sés en « pièces déta­chées ». Les paniers et les bustes sont assem­blés. Le sys­tème de por­tage est mis en place. Les vête­ments sont pla­cés métho­di­que­ment selon un ordre bien défi­ni ; les acces­soires sont fixés ; les coif­fures des per­son­nages gigan­tesques sont revues. C’est un céré­mo­nial bien pré­cis qui se déroule durant une semaine com­plète sous les regards de la popu­la­tion locale qui vient assis­ter en nombre au rituel.

Chaque géant est ani­mé par un seul homme au sein d’un groupe de huit à douze por­teurs. Durant les jours pré­cé­dant la fête, ceux-ci viennent régler le sys­tème de por­tage et « essayer » leur géant. Dans les familles, les pré­pa­ra­tifs vont bon train ; les mai­sons sont déco­rées aux cou­leurs de la cité ; on pré­pare la pâtis­se­rie tra­di­tion­nelle, la « Tarte Gouyasse ».

Le ven­dre­di après-midi, le Grand Prix du Mayeur de tir à l’arc débute à 16h sur l’Esplanade. L’honneur de tirer la pre­mière flèche revient au Bourg­mestre de la cité. Plu­sieurs dizaines d’archers se suc­cèdent ensuite pour rem­por­ter le concours. Le tir à l’arc sur perche ver­ti­cale est une tra­di­tion ancienne qui trouve son ori­gine dans les guildes d’archers appa­rues au Moyen Age. Aujourd’hui, il reste une socié­té de ce type dans la com­mune d’Ath. Les archers de Saint-Nico­las, issus du vil­lage d’Irchonwelz, sont les orga­ni­sa­teurs du « tir du Mayeur ». Ils sont rejoints par le géant Tirant l’Ancien (25e anni­ver­saire en 2016) lors de l’ouverture du tir. Brû­ler les mar­ronnes de Goliath !

Le ven­dre­di soir, la fête débute par le « brû­lage des mar­ronnes ».

Brûler la marronne
du géant Goliath

L’é­vo­lu­tion de la socié­té, libre et dési­reuse de vou­loir faire la fête le ven­dre­di soir, a ame­né les por­teurs du géant Goliath à ima­gi­ner son brû­lage de « mar­ronne » (pan­ta­lon en dia­lecte picard). Ce moment sym­bo­lique, créé en 1986, s’appuie sur une tra­di­tion locale qui consiste à brû­ler le pan­ta­lon du futur époux la veille de son mariage.

C’est vers 22 heures qu’un camion apporte, sur la Grand’­Place, une mar­ronne géante en toile rem­bour­rée de paille. Cette der­nière, por­tée à bout de bras, défile dans les rues jus­qu’à la plaine de l’Esplanade où elle est dres­sée sur une potence avant d’y mettre le feu sous les applau­dis­se­ments de la foule en délire…

Les fes­ti­vi­tés se pour­suivent le same­di midi. Les Athois se donnent ren­dez-vous au pied du clo­cher de l’église Saint-Julien. Quelques dizaines de pri­vi­lé­giés grimpent dans la tour pour action­ner manuel­le­ment « Julienne » (qu’on sur­nomme « Marie Pon­toise »), le bour­don de l’église, qui marque le début offi­ciel des fes­ti­vi­tés. L’après-midi est dédié aux Vêpres Gouyasse, que les Athois appellent le mariage de Goliath, bien que les noces ne soient pas réel­le­ment célé­brées. À 15 heures, le géant Goliath et sa future épouse se posi­tionnent devant l’hôtel de ville, sur la Grand-Place. Sym­bo­li­que­ment, le mariage civil pré­cède la céré­mo­nie reli­gieuse. Aux sons d’airs pro­ces­sion­nels, ils vont rejoindre l’église Saint-Julien où sont célé­brées les Vêpres.

Les géants sont pré­cé­dés par la com­pa­gnie des « Bleus », héri­tière de l’ancien ser­ment mili­taire des canon­niers-arque­bu­siers. Ils sont entou­rés par leur garde rap­pro­chée, le diable Magnon, les hommes de feuilles et les che­vaux Diricq (des che­vaux-jupon). Sur le pont du Gâdre, où se situait une porte de l’enceinte médié­vale, le couple exé­cute la danse Goliath. Selon une cho­ré­gra­phie par­fai­te­ment fixée, les deux géants se rap­prochent et s’éloignent, ponc­tuant leurs pas de longs bai­sers applau­dis par la foule.

Après le mariage, Mon­sieur et Madame Goliath retournent devant l’hôtel de ville, pour le com­bat entre David et Goliath.

David contre Goliath

Une foule s’est amas­sée autour de l’hôtel de ville. Le géant Goliath vient se pla­cer devant le per­ron ; le ber­ger lui fait face, à por­tée de son bâton du ber­ger. Un por­teur, dis­si­mu­lé dans le panier en osier, va prê­ter sa voix au géant ; le rôle de l’enfant est assu­ré par un gar­çon issu de la famille des por­teurs de Goliath. Le com­bat se déroule en deux temps. D’abord, les adver­saires récitent le « boni­mée ». Le texte ori­gi­nal de ce dia­logue est libre­ment adap­té d’un poème de Guillaume de Sal­luste Du Bar­tas (1544–1590). Le ber­ger David prend une balle qui sym­bo­lise la pierre men­tion­née dans l’histoire biblique. Il dis­pose d’un seul essai à l’issue duquel le pro­jec­tile doit atteindre la fenêtre du por­teur. Au terme du com­bat, Goliath clô­ture le dia­logue par un puis­sant : « Je n’sus nieu co mort ! » (Je ne suis pas encore mort).

(Extrait de : La ducasse d’Ath. Pas­sé & pré­sent)- J Fla­ment.
Office de Tou­risme d’Ath.

Les mani­fes­ta­tions du same­di ne sont pas encore ache­vées. Un kiosque va être ins­tal­lé devant l’Hôtel de ville pour accueillir le concert de la fan­fare com­mu­nale la Royale Union Saint-Mar­tin. Cette pres­ta­tion est atte­sée depuis les années 1880.

L’intervention du groupe du Canon du Mont Sarah s’intègre au concert. Ce groupe, évo­quant l’épopée des révo­lu­tion­naires athois en 1830, défile dans le cor­tège du dimanche, mais effec­tue éga­le­ment une sor­tie aux flam­beaux le same­di soir. A leur tête, la den­tel­lière Marie-Anne Leroy pro­nonce sa harangue, sui­vie d’un extrait de la Muette de Por­ti­ci.

Le dimanche, le cor­tège démarre à 9h45. Il tra­verse la ville, dans un sens le matin, et dans l’autre, l’après-midi, à par­tir de 15 heures. Il est com­po­sé de sept géants. L’Aigle à deux êtes (qui évoque les armoi­ries de la ville) ouvre le défi­lé. Sam­son repré­sente le héros biblique ; il porte la colonne du temple et la mâchoire d’âne. Vient ensuite Ambio­rix, le guer­rier ébu­ron, qui, en 1850, a rem­pla­cé Tyran le géant des archers, pour célé­brer le pas­sé natio­nal. Made­moi­selle Vic­toire sym­bo­lise la cité dont elle porte les cou­leurs ; le vio­let, le blanc et le jaune. Le Che­val Bayard impres­sionne avec ses huit mètres de haut et ses 700 kilos ; il est ani­mé par deux équipes de seize por­teurs qui sont par­fai­te­ment syn­chro­ni­sés pour faire évo­luer le des­trier gigan­tesque. Enfin, Goliath et son épouse clô­turent le cor­tège. Aux côtés des géants, des groupes his­to­riques évoquent l’histoire locale ou natio­nale.

Les chars allé­go­riques, qui datent de la seconde moi­tié du 19e siècle et du début du 20e siècle, repré­sentent des ins­ti­tu­tions (la Bel­gique, la Ville d’Ath), les acti­vi­tés éco­no­miques tra­di­tion­nelles (l’agriculture, l’horticulture,…) ou intro­duisent une ani­ma­tion pit­to­resque (la Barque des Pêcheurs napo­li­tains).

Le len­de­main, le lun­di, les géants défilent indi­vi­duel­le­ment dans les rues de la ville. La popu­la­tion en pro­fite pour remer­cier les groupes de por­teurs.

L’après-midi, le public se ras­semble sur l’Esplanade pour assis­ter à l’envol de mont­gol­fières. La fête se pro­longe encore quelques jours, jusqu’au 8 sep­tembre, date offi­cielle de la fin des fes­ti­vi­tés. Un feu d’artifices vient alors clô­tu­rer la Ducasse.